Stories / category / moto

[Précédent épisode : J1, débarquement, premiers tours de roues, lagon et nouilles chinoises]

Au menu du jour : première piste de montagne, des glaciers et une petite dose de frayeurs.

Indices pour la journée =)
Indice de content au maximum
Indice de fatigue au minimum État de motivation au maximum État de la moto impeccable ça va

Après une nuit franchement bonne et une quasi grasse-mat' (plus de 10h de sommeil), petit déjeuner ! Café soluble, muesli et lait en poudre seront mon quotidien durant tout le voyage. Ça n'a pas l'air comme ça, mais j'y trouve un aspect plutôt réconfortant, allez savoir pourquoi.

Dans les objectifs du jour figurent la piste menant au Skalafellsjökull, la F985. Pourquoi ce choix ? Bigre, c'est évident, il m'a suffit de regarder la carte aux alentours de mon camping :

Ca ne mène nul part hormis un refuge !

L'objectif sera donc d'aller boire un café là-haut. Pour le dej, j'ai malheureusement déjà avec moi des casses-dalle bien dégueu. Promis, je m'améliorerai pour les prochaies fois.

Après packetage efficace et rapide laborieux et chiant, je dirige mes roues, ou en vrai ma roue avant, en direction de la F985 sous une météo que l'on qualifiera d'Islandaise (c'est à dire qu'il pleut sans pleuvoir, fait ni froid ni chaud, nuageux mais du soleil ailleurs). Ma première piste F de mon trip. Les pistes F sont réservées aux véhicules tout-terrain. Je croise les doigts pour que mon tank et son chargement passe sans broncher. Partons donc avec Danko Jones dans les oreilles.

[F985] En route, en piste, bref, allons-y !
La pose s'impose
Petits ajustements car la caméra sous le feu avant n'a pas tenu. Sa nouvelle place (qui tiendra le coup de tous les terrains que je vais faire endurer à la bête ainsi qu'à son cavalier) : sur la crash-bar.

La piste est mi-boueuse, ce qui ne me rassure pas. Mais au fur et à mesure que je prends de l'altitude, la boue disparait...

car elle est remplacée par du gravier grossier !
Moi, sous mon casque. En même temps, je m'attendais à quoi ?
Mais la piste n'en reste pas moins superbe, et mine de rien, agréable à conduire.
[F985]
[F985]
[F985]

Je comprends une fois dans ce bourbier donc que l'affichage et les avertissements au départ de la piste sur son caractère tout-terrain ne sont pas à prendre à la légère *note pour la prochaine fois...*

La route est vertigineuse. Certains virages en épingle sont piégeux car ma roue avant s'enfonce dans le gravier. En langage motard "classique", on dira que c'est pas cool du tout. Un passage est tellement pentu qu'en m'emmêlant les pinceaux avec mon sélecteur de vitesse, je me retrouve au point mort, et donc à l'arrêt. Enfin, c'est ce que j'espérais voyant ma vitesse diminuer et atteindre le 0 km/h. Or, je repars en arrière en dérapant : mon frein avant bloqué ne suffit pas à retenir mes 350kg de chargement (ma carcasse comprise). Juste après avoir encaissé une petite dose d'adrénaline (environ 1000 ans dans ma tête, une fraction de seconde en vrai), je change de pied d'appui pour freiner de l'arrière, et stoppe le tout 1m plus loin. Sauf que je m'enfonce dans le gravier et la moto est en train de chavirer par terre ! Je suis en sortie de virage serré sans visibilité, il faut que je bouge. Je réussi à récupérer le bazar, enclenche la première et repart non sans chasser de l'arrière, et m'arrête au sommet de la côte.

Ce petit passage de merde me fait réaliser trois choses :

  • Ma moto est trop chargée
  • Je suis un bleu pour piloter sur ce genre de terrain : leçon d'initiation en direct-live
  • Tant pis, j'y suis, je continue. Mais putain je flippe pour la redescente
Mais ça valait carrément le coup bordel !!
Un bout du Skalafellsjökull
Le Skalafellsjökull est un petit glacier Islandais. Mais c'est immense à travers de mes petits yeux.

La frayeur de tout à l'heure a disparue, mais je ne me fais pas d'inquiétude pour elle : je sais que la retrouverai où je l'ai laissée sur le chemin du retour. Je poursuis donc la piste sur un paysage qui devient de plus en plus minéral pour arriver à un refuge.

[F985]
[F985]
[F985] Refuge en bout de piste
[F985] L'impression d'être sorti de nul part
V

C'est sublime. Je suis pas le seul mais presque, cela donne un côté magique difficilement descriptible. Il y a du vent, il fait froid, on est au dessus d'une nappe de brouillard. Ajoutons à cela ma satisfaction à avoir réussi mon ascension motarde, de savoir que je vais pouvoir me poser prendre un café au chaud (car on se les pèle franchement, j'ai toutes mes couches de vêtements chauds sur moi)... En vrai, je plane un peu. Dans ma tenue de ranger de l'espace, et évidemment seul motard (comme je le serai très souvent), je me prends au jeu des selfies avec des touristes inconnus.

Salle un peu kitch, ajoutant un côté indescriptible à la scène.

Les bonnes choses ayant une fin, tout comme la chaleur stockée dans mon blouson, je me dois redescendre, en bas, tout en bas, sur cette piste pleine de graviers qui descend trop.

Si j'avais la montagne face à moi à la montée, la descente face au vide est autant sublime qu'elle est flippante. Et elle est vraiment sublime. La descente se fera sur le frein moteur en 1ère pour les passages les plus vertigineux, et tout passa comme une lettre à la poste. Cela me redonnera un peu de confiance pour les pistes suivantes, et ce n'est pas inutile.

[F985] The end. I did it !

Direction Dupivogur maintenant. Mais en chemin...

Oh, mais il a l'air bien ce chemin ! Il mène nul part ? Mais allons-y donc !!

Anecdote sur les routes en Islande.

  • La plupart des ponts (quand ils existent, c'est à dire pas sur les pistes F sur lesquelles les rivières se traversent à gué) sont à une seule file et où on ne croise pas. La règle est simple : le premier véhicule qui est arrivé passe en premier.
  • Les moutons : ils sont partout, y compris sur la route. Alors il ya des clotures dans tous les sens mais allez savoir pourquoi ils sont toujours du mauvais côté ! Les gens ont l'habitude : ils attendent. J'ai fait mes petites études statistiques : il y a ceux qui, quand ils t'entendent arriver, se poussent ; et les autres, genre les vieux briscars, qui en ont rien à foutre et qui traversent len-te-ment la route, pas perpendiculairement bien sûr.
  • Combinez ces deux points, et vous avez des moutons sur les ponts à une voie, à contre-sens évidemment.

Un énième détour me mènera à un autre glacier, le Flaajökull. Il atterit dans un lac glaciaire. La végétation colorée transcende la morosité des pierres volcaniques.

[986] Piste tranquille
L'approche du Flaajökull se fait à pied
Le Fláajökull
Le Fláajökull

J'arrive enfin à camping de Djupivogur. Il est déjà "tard", je pose mes affaires sur un emplacement, prends une douche chaude (#bonheur) et me dirige downtown en quête d'un resto. Et ouai, je me dis que je l'ai bien mérité ! Mais ce qui s'avère être des gros points sur ma carte pour représenter des villes de moyenne importance sont pour la plupart des petits villages de pécheurs, avec tout au plus deux ou trois centaines d'âmes qui y vivent. Le choix est limité : souvent un seul bar ou restaurant. Je vais donc dans THE restaurant. Le burger était sans plus, mais ils servaient de la bière, et de la vraie (alcoolique notoire, je reviendrai sur ce détail qui a son importance) ! Donc logiquement, le restaurant était topissime, il méritait 10000 étoiles sur TripAdvisor et toutes mes recommandations ! Une bière à se rouler par terre, la meilleure depuis des années. En vrai, c'était une bière bouteille, banale. Mais voilà, ma première bière depuis le bateau. Alors oui d'accord ça ne fait que 2 jours que j'ai débarqué, mais le temps est une notion relative, mvoyez.

Je peux difficilement transporter de la bière : mon chargement commence à devenir n'importe quoi, et en rapport encombrement / poids / alcool, la bière n'est franchement pas au top.

Après une douche, une bière et un burger, je n'ai bien sûr qu'une envie : me coucher ! Cette envie sera poignardée par la tente à monter avant (oui, sinon ça fait désordre).

Leçon du jour, en plus de pas faire de la moto au-dessus de ses pompes fussent-elles coquées , est de tout installer en arrivant.
Le petit village de Djupivogur. Bonne nuit !

Prochain billet : 3ème au 5ème jour. Du soleil, le paradis, une chute et premier passage à gué islandais...

[Précédent épisode : J0, de l'autoroute, une traversée agréable (pour la moto, le motard moins)]

Au menu du jour : débarquement, premiers tours de roues, lagon et nouilles chinoises.

Indices pour la journée =)
Indice de content au maximum
Indice de fatigue au minimum État de motivation au maximum État de la moto impeccable

La traversée est globalement calme. Deux jours et deux nuits, des nuits pas forcément terribles d'ailleurs. Car à six dans la cabine, chacun n'ayant pas forcément le même rythme de sommeil, t'ajoutes les va-et-viens pour les WC et les douches, le tout avec une porte façon saloon donc ajourée et la lumière du couloir allumée. Bref, les cernes se mettent en place pour ce voyage ! Ça tangue pas mal par moments, l'impression d'être complètement saoul en titubant dans les douches au 47ème pont inférieur. Mais comme tous les passagers, donc on se rassure tant bien que mal.

Oisiveté
Le Norrøna bat pavillon féroïen, car la compagnie n'est ni islandaise, ni danoise (du moins pas complètement)

3ème et dernière "journée" de traversée. Réveil en douceur à 06h par le haut-parleur de la cabine après une courte nuit où planait dans la cabine une douce ambiance odeur de bottes de motard, et où mon sommeil fut parfait méticuleusement entrecoupé de ronflements et de bruits de portes.

L'ambiance est étrangement sereine, mais on sent l'excitation présente. Chacun pack ses affaires, les gens se parlent moins entre eux : on sent qu'on arrive ! Et il est accessoirement 6h du mat. Je range mes affaires en espérant ne rien oublier (j'ai des mauvais souvenirs sur le sujet). Je met mes cartes sur la sacoche réservoir (car je fais le voyage sans GPS).

Bref, je suis tout prêt, habillé en full baroudeur depuis 06h du matin... et du coup j'ai grave chaud. Je regarde le programme de la journée. Quand tout à coup, annonce comme quoi l'accès aux ponts des véhicules est ouvert !

Retrouve ta caisse, et si t'arrives à y entrer t'as gagné le droit... bah d'attendre ton tour.

On détache les motos, on attache les bagages correctement. Parenthèse, pour sangler la moto au bateau (certaines sont d'ailleurs tombées dans la nuit), j'avais utilisé des sangles à moi, que j'hésitais un peu à prendre initialement. Ces sangles m'auront juste sorti de sacrés merdiers par la suite =)

Puis la porte s'ouvre ! De l'air frais entre sur le pont, les premiers véhicules démarrent : ça y est !! Chacun aide son voisin pour manœuvrer sa bécane en marche arrière, car on est tous au touche-touche et un peu comme des manchots avec une moto archi chargée à bouger à l'arrêt. Passage de la douane qui me donnera un joli sticker douanier, et enfin on roule !

Ah oui, j'ai établi un programme prévisionnel ("évidemment", diront ceux qui me connaissent bien), en calibrant des étapes histoire de caler les points ravitaillement essence (ya pas des stations partout), et points de chutes pour dormir : camping ou bivouacs envisagés. Il ne sera pas suivi à la lettre durant le voyage, en raison des nombreux imprévus, mais ça donne les grandes lignes, bien que j'aurai à m'adapter à la météo et aux aléas techniques.

Pour la nuit, j'ai prévu pour la première semaine (durant laquelle je serai seul) de tout faire en camping ou bivouac. Ensuite, avec mon père puis Edouard, nous alternerons 2-3 nuits en camping pour une nuit en auberge ou maison d'hôtes ou cottage. Ceci afin d'éviter trop de frais mais de nous permettre d'avoir une nuit confortable au sec, de pouvoir faire des lessives etc.

Mon père me rejoint dans 7 jours par le ferry suivant, ici-même. Je vais donc passer cette semaine plutôt dans l'est de l'île, où je ferai des distances journalières les plus importantes du séjour. L'avantage en étant seul, c'est que tu fais ce que tu veux, et ce que je voulais, c'était explorer. Ma méthode ? Je prends une carte détaillée, je regarde les routes et les chemins. Un chemin ne mène nul part ? Allons-y !

Ce genre de chemins !

On est donc à Seyðisfjörður, à l'est de l'île. Objectif du jour, aller voir le Jökulsárlón, ce fameux lagon glaciaire dans lequel un glacier (le Breiðamerkurjökull) se jette dans l'océan en se décomposant en des centaines de blocs de glace géants. C'est pas à côté, mais l'objectif du jour est aussi de rouler comme je veux, et ça c'est le pied. Pas de point de chute précis pour la nuit, mais ça sera dans les alentours.

Météo pas dégueu, paysage pas dégueu, moto pas dégueu... ça s'annonce bien !

Je quitte donc Seyðisfjörður par la seule route qui en part (la 93), qui monte sur le plateau depuis le fjord.

Petite parenthèse sur la numérotation des routes en Islande.

Les routes sont à 2, 3 voire 4 chiffres selon leur importance (et leur praticabilité), exception de la route 1 qui fait le tour de l'île. Le premier chiffre dépend du "cadran" où elle se trouve. Les 20 (ou 200) sont au sud-ouest, puis en remontant dans le sens horaire, on trouve les routes 30 puis les 40 autour de Reykjavík, les 50 à l'ouest, les 60 dans les fjords du nord-ouest, et ainsi de suite. Il est donc facile de se repérer sans GPS, la numérotation étant reprise sur les panneaux.

Les routes débutant par un F sont des routes de montagne, théoriquement réservées aux véhicules tout-terrain. Elles sont numérotées sur le même principe, souvent à 3 chiffres. Ce sont des pistes allant de "bon état, roulante" à "mais c'est quoi ce chemin défoncé bordel de ***** ?!", avec en option : passage à gué plus ou moins facile, boue, trous, cailloux qui roulent sous les roues de la moto etc.

Durant ce voyage, en roulant seul, l'air léger, je me suis souvent surpris à chanter (ou à insulter le vent, mais pas ce jour-ci). Ce qui ressortira le plus souvent est pour une raison que j'ignore, Ashes to Ashes de David Bowie. Ce sera donc le morceau de ce premier jour !

Les véhicules qui quittent le ferry se suivent plutôt lentement derrière un car. Je fais mon connard en doublant tout le monde, dont Pablo qui avec sa remorque et sa dizaine de motos ne peut pas doubler étant donné la pente et les lacets. Je me retrouve devant, personne devant moi.

Mon premier ressenti est un peu étrange. Je m'attendais à des paysages comme cela (et je n'avais encore rien vu pour ainsi dire), mais de me dire que je suis avec ma moto en Islande, en train de rouler tout seul, en me disant que ça y est, j'y suis pour 1 mois... c'est assez satisfaisant ! Bref, je suis content !

[93] Une route sympathique, dans un cadre...sympathique

Qui dit premiers tours de roues en mode #aventure dit petits ajustements techniques...

1h après le départ, tout est en ordre :

  • Les bagages sont bien rangés (j'ai même un peu de place libre !). On en reparlera d'ici quelques jours...
  • La caméra est fixée sous le feu avant (comme la photo ci-dessus). On en reparlera d'ici quelques heures de pistes...
  • La moto est propre, mes affaires de moto également. On en reparlera aussi d'ici quelques jours...
C'est bon, tout est en ordre. Pour l'instant.

Rapidement sur le plateau, je rejoins Egilsstaðir, charmante bourgade sans grand intérêt. On y trouve des stations services, un supermarché... et c'est à peu près tout. Si j'y passe sans y porter plus d'attention, c'est parce que je ne sais pas encore que je vais y passer, y repasser, m'y arrêter, y dormir, chercher un magasin de pièces détachées, rencontrer un club de motards. Entre autres.

[93] Descente sur Egilsstaðir

Je fais le plein de ma moto, et c'est parti direction Jökulsárlón donc. Non pas par la route principale, ça serait trop simple, mais je choisis de passer par la route 95 puis la piste 939. Je roule donc pépère, quand tout à coup...

[939] TADA !!! Ma première piste islandaise
Etant donné que mes expériences sur pistes se limitent à quelques chemins forestiers ou champêtres de Seine-et-Marne, j'appréhende un peu car la moto est diablement chargée.

Mais tout se passe bien, les pneus sont au top. Et en fait, c'est carrément le pied =) Pour être honnête, je roule sur des oeufs au départ. Les virages passent bien, les pneus n'ont que faire des cailloux qui jonchent la route. Puis j'accélère gentillement le rythme et trouve mon allure de croisière autour des 70-80 km/h. Je teste des freinages d'urgence : l'avant pompe pas mal, et l'absence d'ABS fait que je chasse un peu de l'arrière mais rien de (trop) incontrôlable ! Idem à l'accélération, ça agrippe bougrement bien, si tant est qu'il soit soit encore autorisé d'utiliser l'adverbe "bougrement" et l'expression "si tant est que".

[939] La piste, bien roulante, serpente à travers la montagne.
[939] Le tout dans un environnement franchement dégueulasse
Arrivé sur la route 1, le temps a changé.

Puis j’atteins le fameux Jökulsárlón. De manière générale lors de ce voyage, je m'attendais soit à être un peu "seul au monde", soit à avoir des hordes de touristes car l'Islande est à la mode. Ca serait être égoïste que d'être moi-même touriste et d'être touristophobe non ? Mais là...

M'en fout, je ne suis pas mélangé à cette foute : je fais trop bad-ass avec ma moto (ou pas), en laissant nonchalamment mon casque sur le rétro, avec ma tenue de ranger de l'espace avec un gilet airbag.

Et ouai !!

Mais fidèle à moi-même, cette vision ne fera que conforter mes pensées. Le fil rouge de ces 4 semaines sera plutôt d'aller voir au bout des chemins et routes en tout petit sur la carte, ceux en pointillés, qui ne mènent de préférence nul part. Je fuirai tant que faire se peut les "Top 10" et autres "Must see" publiés dans les guides et brochures touristiques. Bon sinon, ça ressemble à ça et je ne comprends pas pourquoi tout le monde vient ici [ironie, ndlr].

La météo brumeuse et à moitié pluvieuse donne au lieu une ambiance particulière, mêlant ces gros glaçons qui flottent, les oiseaux qui tournent en nombre dans les airs, et des bus de touristes par dizaines.

J'avais envisagé la possibilité de bivouaquer proche d'ici, mais le terrain me semble trop inhospitalier : le taux de selfie au m² dépasse l'entendement, et plus techniquement, le sol ne semble pas top pour planter une tente. Bref, Il est temps pour moi de partir. Ah oui, note pour plus tard : éviter de se garer le nez en avant dans une pente, fut-elle très légère, car pour sortir le veau en marche arrière, c'est clairement moins bad-ass.

Le va-et-vient de touristes se faisant vers Reykjavik (vers le sud), c'est tout naturellement que je repars à l'opposé, vers le nord, c'est à dire d'où je viens.

Concrètement sur la fin de journée :

  • Beaucoup de vent (en fait, j'en aurai pendant les 4 semaines sur l'île). Je roule penché comme pour tourner, mais pour aller tout droit. Les bourrasques font danser mon convoi de près de 380kg sur l'asphalte. Tout va bien ;)
  • Plutôt froid : ma tenue hivernale de motard fait le job, mais sans plus.
  • Une météo TRÈS changeante. Je suis parti du port, il faisait beau et plutôt bon. Puis en montant par la 93, la température a chuté autour des 8 degrés, puis il a plu, puis il y a eu du vent, puis plus de vent, puis du soleil... A peu près tous les temps en l'espace de quelques heures.
Tiens, cette route n'a l'air de mener nul part sinon un glacier. Allons-y !!

Premier soir en Islande au guidon de mon tracteur, la météo pas parfaite mais pas trop mauvaise non plus, la mer à ma droite, les montagnes à ma gauche, la liberté devant moi et Bowie dans les oreilles : je plane à 10000 ! L'objectif du jour (simple, il est vrai, mais le premier !) qui était de rouler sur des pistes et d'aller voir le glacier lagunaire est atteint !

Au détour d'un chemin, je trouve un camping auto-géré où il n'y a qu'un couple d'installé. Ca sera parfait pour la nuit malgré l'absence de douche ! Menu du soir : nouilles chinoises* pas trop dégueu, et dans le genre un peu plus dégueu, un espèce de sandwich au jambon et au Brie. Aller en Islande pour bouffer du Brie, je me dégoute.

Et oui, il me faudra quelques jours pour parvenir à des repas... mangeables on va dire. Mais on s'en bat les c, je suis trop content pour ne pas me rendre que ce que je mange est franchement infect =)

* Pour la petite histoire, le voyage sera rythmé, que dis-je, hanté (!) par les nouilles chinoises. C'est chimique et ça envoie pas du rêve, mais ça ne prend pas trop de place et ça blinde le ventre. J'avoue avec du recul que les repas où je n'ai eu que ça à manger sont plutôt dans les moments de dèche (du genre fermeture des magasins pas prévue).

J1 : 360km
Fin du J1 !

Prochain billet : 2ème et 3ème jours. Première piste de montagne, des glaciers et une petite dose de frayeurs.

[Précédent épisode : Des préparatifs casse-tête]

Je commence mal, je vous mens. Si J1 est le premier jour en Islande, alors J0 représente les 3 jours précédant la traversée, qui elle-même dure 3 jours. Bref, voici le récit des 6 jours précédant le premier.

Un assez long projet de voyage qui se concrétise !

Après quasiment un an de préparatifs, une nouvelle vieille moto et quelques dizaines de centaines d’euros plus tard, ça y est, c'est le départ ! À vrai dire, c'est plus stressant que magique, mais c'est l’alchimie des deux qui fait le côté excitant ! D'autant plus qu'il s'agit d'un départ en deux temps.

Si physiquement, je pars le 12 juillet de Paris, je passe un entretien d'embauche le 13 en Suisse, puis je vais passer le week-end avec des amis dans le coin avant de partir le 16. Bref, la tête est partout et nul part à la fois. Merci les listes de rappels pour être sûr d'avoir ce qu'il faut au bon moment, histoire de pas me pointer en motard baroudeur à l'entretien d’embauche et en chaussures de ville sur les pistes islandaises.

Après un week-end fort sympathique en bonne compagnie, le 16 au matin, départ de Villars-sur-Ollon, charmante petite bourgade du canton de Vaud en Suisse, plus précisément dans le Chablais Vaudois. Il est 11h30 (c'est encore le matin donc) quand mes roues s'ébranlent, avec moi et mon chargement.

Moto propre, chargement optimisé et bien positionné : pas de doute, on n'est pas encore partis !

Bern, Basel, Karlsruhe, Frankfurt par autoroute. Pas encore bien habitué aux us et coutumes locaux, notamment en gestion des équipements aux ravitaillements, je finis par m'adapter : tout laisser en vrac sur la moto et partir pisser l’esprit tranquille. Va falloir m’y faire car ça va être ça pendant 1 mois et demi =)

Le lendemain, départ 07h en prévision d'une journée alliant bonheur, joie et confort fessier : 850km d’autoroute à abattre. Le trajet la veille entre Villars-sur-Ollon et Francfort passe pour une balade bucolique à côté de ça. J’arrive à l’auberge après 13h30 de trajet. La maison est tenue par un nonagénaire un peu dur d'oreille qui ne parle que danois. Mais on se comprend (du moins je crois) et j'ai une clé de chambre, donc ça me va bien. Cette maison d'hôtes est un peu étrange : des pièces partout, 3 cuisines, un lit dans le salon complètement encombré de papiers, babioles accumulées pendant des années, des décos de Noël au plafond (honnêtement, je me suis dit sur le moment que si c'était mon lit, je partais dormir dans la tente ailleurs)... Et puis ça sent (grave) le rance.

Il me demande où je vais, je lui dis l'Islande, il me dit “ok, good !”. J'imagine qu'il lui en fallait bien plus pour égayer sa curiosité. Tant pis, peut-être les polonais de voisins de pallier arriveront à l'étonner un peu ? Départ le 18 pour Hirtshals, à 100km plus au nord. Le Norrøna lève l'ancre à 11h30, je dois m’enregistrer à 10h au plus tard. Je vise donc 09h là-bas, et décolle à 07h30 de ma charmante maison de retraite d'hôtes. Mon hôte me saluera par la fenêtre en agitant un petit drapeau français =)

Au fur et à mesure que les kilomètres qui me séparent de l'embarcadère diminuent, l'excitation et le stress (le bon !) augmentent ! J'ai tout de même une petite pensée à "et si la moto me lâche maintenant ? Je fais comment ? Mais non, elle roule, ya pas de raisons qu'elle me lâche". Ahahah, l'ignorant que j'étais alors... ! [Quel teasing, n'est-ce pas ?]

Quand tout à coup, le terminal et la mer apparaissent. Enfin non ils n’apparaissent pas à proprement parlé, c'est une façon imagée de dire que ça y est, je suis arrivé. Faut pas être pointilleux comme ça, c'est pénible. Bref, je fais la queue.

Je suis le seul aussi peu chargé, et je suis celui qui part le plus longtemps...

Dans tous les véhicules qui patientent (le ferry en embarque 800, rien que ça), je fais un petit tour. Je rencontre une famille d’Iserois, des camping-cars, des 4x4 de tailles variées, une polo,des camionettes, pickups, bus, camions, vélos, bref, tout ce qui roule. Et des motos = copains !! Il y a Bertrand (que je recroiserai sur le bateau à plusieurs reprises) qui vient de Millau sur sa KTM 1190, deux jeunes aveyronnais sur leurs enduro 250 (ils ont dû en chier pour venir jusqu'ici d'ailleurs !), un couple anglais sur une petite GS 800, un groupe de 8 Goldwing (WTF en Islande mais pourquoi pas, après tout la route circulaire est asphaltée tout le long, on a aussi le droit de vouloir se faire chier en Goldwing ;) ), un type en tour du monde depuis 3 ans sur sa KTM 1290 (170 000km, rien que ça). On a aussi dans le lot un guide espagnol qui organise un moto tour. Ses clients arrivent par avion, et il transporte donc 10 motos. Je le recroiserai durant la traversée, et apprendrai qu'il parle anglais, français, italien, espagnol. La vie n'est pas assez longue pour apprendre l'allemand, à son grand regret.

Sympa le look !
Pablo et ses motos
Partie Islandaise d'un tour du monde bien long (3 ans) !
Grrr

On patiente dans une ambiance bon enfant, on discute de nos bécanes, tout le monde est excité à l'idée de partir ! En tout, une quarantaine de motos toutes différentes mais qui ont tous un point en commun : ils ont tous plus d'équipement que moi. Donc je me demande évidemment ce que j'ai pu zapper, surtout que je suis le seul à rester aussi longtemps… On verra, ça fait partie de l’apprentissage qu'on me dit ! J'apprendrai plus tard que Bertrand a pris des pots de confiture pour ses petits déj, ce qui me rassure niveau encombrement supplémentaire de son côté. J’apprends aussi que son oreiller est une poche vide de cubi (ok, *note le conseil*). Chacun ses astuces hein. En revanche je suis le seul en Africa Twin aussi ancienne, et à avoir un pneu quasi neuf après 1500km d'autoroute, et ça c'est la classe.

Et des boîtes à roues aussi bizarres que variées

On embarque, les motos sont au fond, rangées au chausse pied. Je sangle la bête et je me change avant de partir chercher ma cabine.

Complet !

Je finis par trouver ma cabine, qui sera sous le pont des voitures, sous la ligne de flottaison.

Repos, calme, ambiance olfactive agréable : autant d'éléments absents de cette photo et des 2 nuits à bord.

À 6 dans un placard aveugle, ça promet ! La moto dormira je pense mieux que moi. Je retrouve Bertrand qui me raconte un précédent périple dans le Caucase pour rendre visite à sa belle famille. Je sens dans ce qu'il me raconte qu'il essaie de me transmettre ce qu'il a ressenti, vécu : ce petit détail apparemment insignifiant qui fait que CE café pris au bord d'une route en Tunisie avec un inconnu était un grand moment, ce Géorgien à moto, ces anglais en route pour le l'Asie… Des photos qui valent pour lui bien plus que les paysages pourtant magnifiques. Je le comprend. Comme il est difficile de partager ses ressentis, ses émotions en voyage. C'est pareil en Alpi, que c'est frustrant de ne pas avoir les mots pour décrire les étoiles qu'on a dans les yeux et ces frissons qu'on a dans tout son corps ! Toutes les photos et tous les écrits du monde ne suffiraient pas, il faut le vivre, c'est purement personnel. Je vais quand même essayer de partager tout ça, au travers de photos, vidéos et de descriptions, mais je ne garantis rien. Si vous ne ressentez rien, c'est que j'ai échoué. Mais comme disait un motard rencontré en plein océan Atlantique, qui retourne en Islande pour la 4eme fois, t'es obligé d'y retourner, tu verras ! Autrement dit, j'aurai sûrement d'autres essais ? =) Bon c'est pas tout ça, je file, ça tangue à mort mais y a happy hour au bar !

Ca y est, c'est parti pour l'aventure !! Si seulement je m'attendais au 10ème de ce que je vais rencontrer...

A suivre dans le prochain épisode : arrivée en terres Islandaises, première journée globalement conforme en termes d'attendus : des paysages magnifiques, une météo (très très) changeante, mes premières vraies pistes (je n'ai alors pas idée de ce qui m'attend pendant ces 4 semaines...), un camping calme et tranquille, des nouilles chinoises, des étoiles pleins les yeux et la banane sous le casque. Tout plein de points que je n'aurai pas pendant la totalité du séjour...!

Je résume la situation : je serai seul sur ma moto pendant 3 semaines, puis nous serons deux pendant 2 autres semaines. Mon paternel sera, lui, seul sur sa moto pendant 4 semaines. Je rappelle que le délire est d'aller là-bas en Vanvan pour lui, donc capacité d'emport relativement limitée s'il ne veut pas pousser la moto dans les cotes !

Première tentative pour se rendre compte de ce que je veux prendre versus ce que la moto peut embarquer. Je vais pas faire un dessin... car ça n'a pas d'intérêt, donc voilà !

Taaaaadaaaaaaaaaaaaa !!!

Tout ça (et encore, il n'y a pas tout !) doit tenir sur la moto... enfin, théoriquement dans les 2 coffres latéraux (en haut de la photo, 2x36L), et sur le top-case (à droite, 52L), top-case sur lequel j'ai ajouté un porte bagage, et une sacoche de réservoir. Enfin, on va plutôt tenter de tout caser. Tenter de ranger ça de manière pratique (du style le réchaud avec la popote), hygiénique (du genre le bidon d'essence pas avec la bouffe), étanche (le sac de couchage pas dehors), mais également relativement équilibré en terme de poids : équilibre gauche / droite sinon c'est casse-gueule, top-case (et surtout le sac au dessus) pas trop lourd sinon c'est casse-gueule. Bref, c'est casse-gueule.

En attendant, c'est plutôt casse tête.

Quoi, ya trop ?

Il manque sur la photo le bidon d'essence, les outils pour la moto (ils seront sous la selle), les affaires de mon passager, des petits détails qui mis bout à bout font du poids et prennent de la place, et j'en passe...

Dans les trucs chelous :
- une multiprise : pour se faire des potes quand il n'y aura qu'une prise à proximité (ferry ou camping par exemple)
- un maillot de bain : pour profiter des sources chaudes naturelles !!
- des pompes de rando : elles me serviront pour les randos / balades, mais aussi le soir histoire de laisser les bottes qui seront par moment pleines de flotte (passages à gué).
- sangles, mousquetons et cordelette : en tant que grimpeur, j'en prends toujours. C'est pas lourd et ça dépanne bien pour attacher tout un tas de truc qui devrait pas bouger à des autres trucs qui bougent pas (ou moins)
- duct tape : si le dust tape ne répare pas ce qui est cassé, c'est que t'en as pas mis assez
- doudoune, bonnet, collant : ouai ça va cailler !
- un petit compresseur : pour pouvoir regonfler à la sortie de pistes un peu trop sablonneuses
- le gros sac à dos vert : il sera remplacé par un sac polochon étanche.

Heuuu bof, va falloir revoir ça un peu mieux

Mais si, ça va le faire =)

Une fois chargé de tout ce barda, et tout en respectant les limitations de vitesse (celles des 3.5t pour le coup), je me rendrai compte que j'ai oublié tel ou tel truc qui m'aurait trop servi à ce moment précis de galère. Et à l'inverse, si je m'écoute, j'embarque un défibrilateur, une roue de secours ou deux, une centrale vapeur, un salon de jardin et un hamac. Mais il faudrait atteler un side-car et/ou une remorque. Les trajets sur place seront certes isolés (sans garage à moins de 4h de piste voire plus, très souvent sans réseau téléphonique, sans station service à des kilomètres à la ronde...), mais on sera souvent à 2 motos, et je compte également sur l'entraide avec les gens croisés (si toutefois j'en croise...!) et la débrouille. J'ai une tente, un peu de bouffe, de l'eau, un bouquin. Bref, de quoi attendre que quelqu'un passe, ou que le problème passe : parfois ça marche =)

La suite ? La moto terminée avec ses pneus prêts à avaler du gravel (à tester !), puis les derniers préparatifs avant le départ.

La moto dans poche, c'est fait. On fait quoi maintenant ?

Etant d'un naturel organisé et prévoyant (si on peut encore parler de "naturel", ceux qui me connaissent témoigneront), je m'attaque aux préparatifs concrets du voyage. J'ai de vagues idées d'itinéraires en tête, ai zieuté des cartes, des blogs de voyage (à moto, à vélo, à pied, en voiture), une vague idée du budget, dont le principal poste (si l'on fait abstraction de la moto achetée compulsivement, ahem...) est le ferry. Heu non, l'hébergement sur place. La bouffe aussi. L'alcool (parce que c'est pas parce qu'on va en chier en terres hostiles qu'on a pas le droit de se mettre un godet derrière la cravate, au contraire même !). Bref, tout est cher, et mon comptable me l'affirme.

On dit bonjour à M. le comptable ! Et on lui dit d'arrêter de sourire bêtement devant son ordi éteint !

Au programme :
En tout, 6 semaines de voyage entre mi-juillet et fin-août, 10 000km de routes et de pistes à travers 7 pays, 2 traversées en ferry...!
Pour aller chez les Vikings, départ de Paris, puis, après un détour par la Suisse avec des amis, traversée de l'Allemagne et du Danemark pour aller chercher le ferry à Hirtshals (tout au bout du bout du nord !). 2 jours et 2 nuits plus tard, arrivée en Islande à Seyðisfjörður (à l'est de l'île). Traversée en cabines de 6 couchettes, on n'oubliera pas les boules quies...

4 semaines sur place, un grand tour dans le sens anti-horaire. En fait non pas vraiment, pas un tour d'un seul coup. Je tourne dans l'est pendant 1 semaine, puis mon père me rejoint en VanVan (oui, en 125). Ca semble complètement barré : on adore !!! Hyper enthousiastes sur "traverser terres et océans en 125 avec son fils", on va se rendre compte par la suite que niveau bagages notamment, ça va être compliqué =) Je ne parle même pas du trajet France - Danemark en 125, mais chacun ses problèmes !
Donc mon père me rejoint pour 3 semaines. En passant par Reykjavik, on récupère Edouard (mon copain), et on termine la boucle jusqu'à Seyðisfjörður, après être passés dans volcans, glaciers, fjords, boue, pluie, poussière, crasse et odeurs d’œufs pourris.
Suivra une traversée retour entre mon papa et moi, avec une halte de 3 jours aux Îles Féroé. Outre la possibilité d'aller tuer des bébés dauphins sur la plage pour se détendre, ça nous permettra une redescente en douceur avant retour sur le continent. Re-ferry (2 nuits, 2 jours), puis Danemark, Allemagne, Belgique, France.

Pour l'hébergement, on alternera entre bivouac / camping et maisons d'hôtes / auberges (genre 2 pour 1). Les hébergements en dur sont bookés depuis quelques temps (il y en a peu, et ils sont du coup vite complets). Pour les camping, pas de réservation nécessaire !

En revanche ça, c'est réservé =)

Et la moto du coup ? (un peu de mécanique)

Rappelez-vous, au dernier épisode, je suis parti acheter à Lyon une Africa Twin âgée de 23 ans sur un petit coup de tête... N'ayant que quelques éléments de son passé côté mécanique, je l'emmène chez mon garagiste pour une révision totale. Au programme, vidange de l'huile moteur, vidange de la fourche, remplacement des liquides de refroidissement et de freins, remplacement de la chaîne (étrangement, couronne et pignon sont neufs, mais la chaîne quasi en bout de course), remplacement du câble d'embrayage qui s'éffilochait dangereusement, réglage des soupapes, check des carbus...

Heuu ouai d'accord..

La suite des préparatifs ?

Pour la moto, je suis quasi-bon : je commanderai un train de pneus trail en juin (les actuels peuvent encore servir), je pense tester les Mitas E07. Ca me permettra accessoirement, outre avoir un look baroudeur (si les bagages partout et un type tout crade dessus ne suffisaient pas), de pouvoir passer sur routes, pistes, passages à gués. Bref, des pneus trail quoi.

Je vous présente le destrier !

Après, y'a l'étape des bagages... et la mission que consiste à faire tenir les affaires de 2 motos et 3 personnes sur une Africa Twin et un Vanvan, le tout pour plus d'un mois de périple ! Je vous laisse imaginer le bordel, pendant que je case mes caleçons dans les emplacements libres de la moto, c'est à dire dans les recoins des carters moteur.

Ah, j'allais oublier l'anecdote de la honte...

En chemin vers mon garagiste pour récupérer un câble d'embrayage (la moto était donc révisée fraichement, et moi content, à sourire bêtement), en ligne droite, entrée d'un village, le moteur se coupe, et plus rien. Impossible de démarrer, je suis à 5km du garage, raahhhh, la poisse !! Je réfléchis à à peu près tout (j'insiste sur le "à peu près"), j'appelle le garagiste qui me dit que j'ai pas de chance, que les carbus seraient encrassés (il écoute le bruit de la moto qui ne démarre pas à travers le téléphone), mais que c'est étrange car il les avait nettoyés, que j'ai du aspirer le fond du réservoir et les merdes avec.
Je suis là au bord de la route à pester contre tout, à imaginer tous les scénarios possibles quant au voyage et son devenir ("Je vais faire quoi si la moto me claque entre les doigts comme ça d'ici le voyage ?! Et si elle est en rade totale ! Faudra trouver une autre moto ! Rah ça va me couter une blinde !!". Oui oui, j'étais un peu fou). Puis, une lueur surgit.

Oui, il fallait tourner le robinet d'essence et le passer sur la réserve. Je n'avais tout simplement plus d'essence.

Bon, ça promet pour la suite, non ? =)

L'Islande ! Terre des extrêmes

L'Islande. Des paysages à couper le souffle, des montagnes, de la mer, des volcans, des glaciers, l'endroit probablement le plus photogénique au monde... mais surtout : 3,2 habitants / km (pour le reste des chiffres, je laisse ça à Wikipedia). Pour qui n'aime pas croiser de monde, ça semble idéal. Puis des routes, des chemins, des pistes, des gués... mais dis donc, ça serait pas une destination à faire à moto ça ?! Go !!

Quoi, ça se passe pas comme ça ? Ok, revenons un peu en arrière.

Mars 2013.
Un gros week-end en Islande, rayonnant depuis Reykjavik.

A peine les premiers tours de roues (il y en avait 4 sur ce véhicule qu'on appelle "voiture" par chez nous, ou "bíll" par chez eux) en dehors de Reykjavik, je suis subjugué par les paysages. A chaque col, chaque virage, on change de couleurs, d'ambiance, de vues.
Je me suis dit, "tiens, faudrait faire l'Islande à moto, ça doit être bien cool !".

Puis, le temps s'écoule, et quelques voyages à moto en France, en Suisse, en Allemagne sont passés par là. J'ai toujours cette idée dans un coin de ma tête : c'est vrai que ça doit quand même vachement cool l'Islande à moto.

Je suis donc passé en mode analyse sérieuse.

Bon on y va ou pas ?!

Est-ce que c'est possible déjà ?! En cherchant vite fait sur le net, visiblement oui : quelques récits par-ci par-là, des agences de voyages qui proposent ça pour la modique somme d'un rein et demi, des vidéos, des photos. Bon point !

Ensuite, deux options pour la moto (en fait trois, mais je n'en vois que deux à l'époque) : louer sur place, ou faire le roadtrip depuis la France avec mon veau NC700X (très bonne bécane, j'y reviendrai à l'occasion dans un autre article).
La location sur place. Vu le créneau de niche, peu de loueurs de motos en Islande : ils sont basés à Reykjavik. Les tarifs oscillent entre 200 et 250€ par jour, en fonction du nombre de jours et du véhicule, qui sera forcément une BMW d'ailleurs =( Sachant qu'il faut environ 2 semaines minimum sur place, 3 étant idéales, je vous laisse faire le calcul.

Le roadtrip avec ma NC... Je me renseigne auprès de mon garagiste, un vieux briscard qui roule en enduro. Il me dit que c'est pas l'idéal, mais que ça peut le faire. Va falloir l'équiper un minimum (même si j'ai déjà la bagagerie), et elle est pas vraiment adaptée au combo chargement de goret pendant 1 mois + gravel road + gués. Mais je la connais par cœur et c'est mon destrier depuis que j'ai mon permis A !!
Je prévois donc :
- un train de pneus trail
- un sabot
- des pare carter
- une protection de radiateur
- 2 3 trucs pour protéger fourche, boîte...
- heuu ça commence à chiffrer tout ça =(

En points négatifs, je vois la garde au sol pas terrible, ce qui n'est pas top pour les gués et autres passages casse-gueule : (d'autant plus quand la moto est chargée, et en duo par dessus tout ça : je me suis déjà fait surprendre à frotter la béquille centrale sur un pauvre pavé qui dépassait de 7cm à peine). Je n'ai que 52ch sous la selle, mais j'ai du couple. C'est une boite DCT (la fameuse boîte auto de Honda, mais pas la dernière génération). Si c'est super pratique en ville, ça l'est moins en off-road. Et enfin, bah c'est ma moto de tous les jours.

Bon on va réfléchir... mais ça serait quand même super cool de partir avec ma moto que je maîtrise plutôt qu'avec une moto louée avec plein de franchises de partout. Mais en même temps, si je la plante là-bas, j'ai plus rien. Et elle me sert pour aller bosser, accessoirement, en plus de mes balades.

Et si la solution c'était d'acheter une autre moto ? =)

Nan pas celle-là.

Je vais donc voir un concess pour lorgner sur la nouvelle Africa Twin, qui me fait de l'oeil depuis sa sortie. J'entre dans le magasin, et me rendant compte que je n'avais pas 14 000€ sur moi, en ressors assez rapidement. En plus il reprend mon veau à peine 2 000€ : la valeur sentimentale n'a pas d'Argus visiblement. Tant pis pour lui, je garde mon NC, il garde son AT.

Direction Le Bon Coin !

Me voilà donc à la recherche d'une moto pour ce projet de voyage un peu fou (du moins, fou pour moi).

A force de lire tout l'internet motard, mon choix se porte sur une Africa Twin, mais les vieilles cette fois-ci, celles qui ont fait le Dakar il y a 30 ans quoi ! J'écume le bon coin quelques temps et je repère une Africa Twin (RD07) de 1994 sur Lyon, 76 000km, plutôt pas mal équipée et qui semble en bon état. Quelques négo, photos et autres vidéos du brêlon (merci à son ancien proprio pour avoir joué le jeu avec la distance !), un billet de TGV et quelques couches de vêtements en prévision du trajet retour (car il fait froid), je débarque à Lyon !

La route du retour, même si c'était 4h d'autoroute par 0°C, était délicieuse sur ma nouvelle ancienne moto. L'impression d'être déjà en voyage !

Techniquement, ça me change du NC : je dois gérer le starter que je ne maitrise pas, la boîte de vitesse à laquelle je me fais (à mon étonnement) très rapidement, je passe mon temps à vouloir passer une inexistante 6ème vitesse, je cruise à 6 000 trs/min au lieu des 4 000 habituels avec quelques vibrations. Mais c'est cool =)

Mais surtout et avant tout : cet achat a concrétisé le voyage ! C'est la première grosse pierre du projet (et pierre qui roule... enfin bref) !!

Plus de retour en arrière possible : l'Islande cet été, ça va le faire !!

Mais tellement de questions, de doutes... c'est ça aussi l'aventure !

A suivre